Histoire de l'émetteur de Radio La Fayette

                        Histoire de l'émetteur de Radio

                 Bordeaux-La Fayette

     

               

par Daniel Maignan

La station Radio Bordeaux-La Fayette qui fut inaugurée en 1920, était située à  Marcheprime en Gironde, au lieu dit Croix d’Hins à 30km de Bordeaux. Nous sommes allés sur l’ancien site pour retrouver les derniers vestiges qui subsistent encore. Ce fut l’occasion d’en retracer l’histoire et de faire la description des installations de cette mythique station de télégraphie sans fil qui fut à l’époque la plus puissante du monde.

The Bordeaux-La Fayette radio station inaugurated in 1920 was located at Marcheprime, Gironde in the hamlet of Croix d’Hins, 30 km away from Bordeaux. We were going to the ancient plant to look for the last vestiges. This was an opportunity to retrace the history and to describe the installations of this mythical telegraphy radio station which was in the 1920s the most powerful in the world.    

 

Figure loc du site 1

                                                    Localisation du site de Croix d'Hins

1) A la recherche des embases perdues :

 Après avoir longé un terrain récemment défriché bordé d’une petite rivière, nous avançons maintenant dans les taillis et les bosquets entremêlés de ronces et de brande qui griffent et fouettent nos jambes. A notre approche plusieurs faisans prennent leur envol. Une petite pluie fine s’est mise à tomber, mais la température est agréable. Après quinze minutes d’une progression difficile, une embase de pylône apparaît au dessus des fourrés. Une fois arrivés sur place, nous prenons plusieurs photos, mais il est difficile d’avoir le recul suffisant à cause de la végétation qui encercle l’édifice. Seulement deux pieds sur vingt-quatre subsistent aujourd’hui, ce sont vraisemblablement les seuls vestiges du système d’aérien.

Figure la premiere embase vue de cote 1

Figure la premiere embase 2

 

Grimper au sommet semble périlleux, car les pieds en béton sont recouverts d’une mousse glissante. Notre guide nous affirme alors que la deuxième embase que nous allons maintenant tenter de retrouver, est pourvue d’un escalier. En effet après avoir parcouru une soixantaine de mètres, nous l’apercevons. L’endroit est mieux dégagé pour les photos, mais l’escalier est barré par de grosses branches . Je parviens à me hisser au sommet. L’intérêt est d’autant plus grand que les ferrailleurs ont laissé tout le socle métallique avec l’articulation du pied et la fixation au piédestal par un énorme boulon (voir les figures ci-dessous).

Figure la deuxieme embase

Figure reste de fixation

L’antenne en nappe était supportée par deux rangées parallèles de 4 pylônes espacées de 400 mètres représentant une longueur totale de 1200 mètres. Ces pylônes tripodes de 250 mètres de haut et pesant 560 tonnes chacun reposaient sur trois embases espacées de 66 mètres, d’où leur qualificatif. Chaque embase a une circonférence de 13 mètres et une hauteur de 3,5 mètres. A l’entrée du site, au croisement de rues aux noms évocateurs : rue La Fayette, rue de la Maison Blanche, rue de la Station, comme on peut le voir sur la carte. Les quatre bâtiments du style de l’époque, où résidait le personnel de la station, ont été rénovés et aujourd’hui transformés en écuries.

Maisons

Il reste également un bâtiment qui servit un temps de garage pour les véhicules des pompiers. Les bâtiments abritant les ateliers et le réfectoire sont en ruines. Quelques pierres indiquent encore l’emplacement des bassins de refroidissement.

Ruine des ateliers

Il est probable que des dizaines de tonnes de fil de cuivre du plan de sol (terre) sont encore enfouies.

2) Histoire du site :

Le site de Croix d’Hins, se trouve à proximité de la ligne de Bordeaux à La Teste de Buch construite vers 1850 par la Compagnie des Chemins de Fer du Midi. La société d’aviation de Louis Blériot et des frères Voisin y avait fait aménager un terrain d’essais vers 1903. En 1909, il fut décidé de construire un véritable aérodrome qui sera terminé à la fin de la même année. En 1910, différentes manifestations aéronautiques ont lieu, dont la grande semaine de l’aviation. Léon Delagrange, célèbre pionnier de l’aviation y trouve la mort le 4 janvier lors d’un vol inaugural. En 1913, à la veille de la première Guerre Mondiale, l’Etat représenté par le Service du Génie du Département de la Guerre, fait l’acquisition du terrain. Dès 1915 une poudrerie et une fabrique de grenades s’installent à proximité, à l’opposé de la route principale. Cette usine, composée essentiellement de personnel féminin français et espagnol (1200 femmes, 600 hommes civils et mobilisés), subira une violente explosion le 21 avril 1916, 42 victimes seront à déplorer. L’activité se poursuivra néanmoins jusqu’à la fin de 1917.

3) La station Radio La Fayette :

Les Américains entrent en guerre en 1917. A cause de l’action soutenue des sous-marins ennemis, les câbles transatlantiques sont régulièrement rompus. Afin d’obtenir des liaisons fiables entre les deux continents, l’utilisation de la télégraphie sans fil (TSF) naissante est envisagée. A l’époque seuls deux postes sont capables d’assurer ces liaisons, il s’agit du poste émetteur de la Tour Eiffel (100 kW) et du poste de Lyon La Doua (125 kW). Mais la Tour Eiffel est sous la menace des bombardements aériens et le poste de Lyon n’est pas capable d’assurer des liaisons fiables en raison de sa situation géographique.  A l’initiative du Général PERSHING qui commande le corps expéditionnaire américain, le projet d’une nouvelle station de radiotélégraphie est étudié.

Figure 11 pershing

Le 4 octobre 1917 un accord, entérinant la construction de cette nouvelle station, est signé entre la France et les Etats Unis. La France propose d’utiliser l’immense terrain de 480 ha du site de Croix d’Hins, quelque peu à l’abandon. La commission interalliée accepte le projet, car la situation géographique présente de nombreux avantages. C’est un point élevé de la région (altitude : 59 mètres), à 30 km du port de Bordeaux, bien qu’en dehors de toute zone urbaine et, d’un point de vue stratégique, éloigné des zones de combats. En outre, il pourra être très facilement raccordé au réseau ferroviaire passant à proximité et pourra bénéficier de l’alimentation électrique fournie par les barrages hydroélectriques de la Dordogne et en particulier le barrage de Tuilières  en amont de Bergerac. Un décret du 20 mars 1918 déclare d’utilité publique l’acquisition des terrains de l’ancien aérodrome de Croix d’Hins. La station s’appellera Radio La Fayette en hommage au marquis « héros des deux mondes » qui participa à la guerre d’indépendance des Etats Unis (1775-1783).

Le plan des installations est confié au colonel Ferrié, dans le cadre de la Radiotélégraphie Militaire Française. Ses services sont chargés de définir le projet technique; la construction des fondations pour les pylônes, ainsi que la construction des bâtiments et de la ligne d'alimentation électrique est confiée aux soldats du génie. La marine américaine a la charge de fournir l'émetteur et les pylônes. Début 1918, un groupe de 750 américains est envoyé pour participer à la construction et à la mise en place des infrastructures, sous la direction du colonel Ferrié. Le chantier démarre le 7 mars 1918. Des bâtiments techniques, un château d'eau, un  bassin, un atelier, un réfectoire, les logements pour le personnel et même une école sont construits.

L’érection des pylônes s’avère particulièrement dangereuse, on déplore plusieurs accidents mortels.

Pylone en cours de montage

 

Montage d un pied

Figure 14 trois pylones en cours

Un raccordement ferroviaire est fait en gare de Croix d'Hins, afin d'acheminer les pièces lourdes en provenance de Pittsburg, depuis le port de Bordeaux. La voie ferrée passera entre les pylônes et pénètrera jusque dans le bâtiment principal. Mais à la fin de la guerre, le gouvernement américain rappelle une partie de ses hommes, ce qui va provoquer un ralentissement des travaux. A l’armistice le 11 novembre 1918, les travaux sont interrompus, alors que seulement 6 des 8 pylônes sont pratiquement terminés. Mais l’affectation de la future station aux liaisons civiles commerciales devenait évidente et les travaux reprirent en juin 1919 après la signature en février 1919 d’un nouvel agrément franco-américain et les derniers pylônes sont mis en place, l'installation générale terminée et les essais de réception achevés en avril 1920. Le premier message suivant est transmis en anglais le 21 Août 1920 :

Secretary of the Navy, Washington

This is the first wireless message to be heard around the world and marks milestone of  the road of scientific achievement.

La Fayette radio station. »

Traduction :

« Département de la Marine, Washington

Ceci est le premier message sans fil à être entendu dans le monde entier et qui marque une étape sur la route du progrès scientifique.

Station radio La Fayette ».

L’inauguration officielle a lieu le 18 décembre 1920. De nombreuses personnalités civiles et militaires françaises et américaines prirent part à l'évènement. On nota, en particulier, la présence du général Ferrié, de l’amiral Mac Gruder, du sous-secrétaire d’Etat aux PTT, Monsieur Deschamps.

Figure l inauguration

Dès lors, le personnel est réparti en quatre équipes de quinze personnes comprenant ingénieurs, mécaniciens et télégraphistes, pour assurer un service de 24h/24. L’arc de 1 MW délivre à l’antenne une puissance de 500 kW, avec sept longueurs d’ondes d’émission possibles, allant de 19,150 km à 23,450 km. En 1922, le site est affecté par décret officiel au sous-secrétariat des PTT, en remplacement du Ministère de la Guerre. La station assure les liaisons avec les navires et un réseau télégraphique international avec les colonies françaises : Tananarive, Djibouti, Brazzaville, Dakar, Conakry, Fort de France, Cayenne, Saïgon qui, auparavant étaient assurées par câbles. Elle participe également  aux communications avec les USA. Elle diffuse également des signaux horaires scientifiques rythmés et URSI (Union Radio-Scientifique Internationale) sur 23450 mètres, des télégrammes sismologiques, ainsi que les communiqués de presse à l’intention des ambassades et des agences de presse. Mais les liaisons avec l’Amérique du Sud et l’Extrême Orient s’avèrent assez aléatoires et fortement soumises aux conditions de propagation.

En 1923, l’émetteur à étincelles est remplacé par des alternateurs haute fréquence de 500 kW système SFR (brevet Béthenod-Latour) du type de ceux de la station de Sainte-Assise en Seine et Marne. La station peut passer de l'ère de la télégraphie à l'ère de la téléphonie et s’équipe pour les nouveaux programmes de radiodiffusion. L’émetteur à étincelles subsiste en tant que poste de secours. Après 1923 on n’utilisera plus que la longueur d’onde de 19150 mètres (15,66 kHz).

En 1924, le poste devient Bordeaux-La Fayette-PTT. Comme à la Tour Eiffel, Lyon la Doua et Saint Pierre des Corps, les organes d’émission sont commandés à partir du Bureau Central radiotélégraphique des PTT de la rue Froidevaux à Paris. Le centre d’écoute est situé à Villejuif, en liaison directe avec le bureau précité. 

Vers 1928, le poste exploité par les PTT diffuse un programme quotidien d'informations et de musique qui couvre en puissance toute les émissions du Sud-Ouest de la France et provoque quelques mécontentements chez les auditeurs et en 1938/39, des émetteurs à lampes sont installés.

A partir de juin 1940, la station est contrôlée par les Allemands. La Kriegsmarine utilise l’émetteur à ondes très longues pour les liaisons avec les U-boot en plongée.

La station fonctionnera jusqu’à l’arrivée des forces alliées. Le 22 août 1944, l’ennemi détruit les installations à l’explosif, notamment le bâtiment principal, les pompes et les alternateurs.

Trois des quatre pylônes qui avaient été épargnés furent démontés après la guerre et le dernier a été utilisé par les pompiers pour la surveillance contre les incendies de forêt. Celui-ci gênant l’approche de l’aérodrome de Mérignac, a été détruit en 1953. Le dernier émetteur de 100 kW a été remonté en 1946 à la station de Sainte Assise. En 1949, la Marine Nationale étudie un nouveau projet d’émetteur à ondes longues pour les liaisons avec les sous-marins. Celui-ci ne verra pas le jour en raison des incendies de forêt de l’été.

A la fin des années 1960, les terrains et les bâtiments sont cédés aux communes de Marcheprime et de Mios. Jusqu’en 1975 il y avait encore le portail de la station surmonté d’un beau sigle TSF qui malheureusement a disparu aujourd'hui.

A noter que c’est sur Bordeaux-La Fayette que le Maréchal Pétain diffusa depuis les studios de Bordeaux, son discours du 17 juin 1940.

4) Description technique des installations d’origine :

La photo ci-dessous montre l’installation gigantesque avec le bâtiment principal et six des huit pylônes de 250 mètres espacés chacun de 400 mètres.

Site

Les pièces de montage de ces pylônes tripodes qui avaient été fabriqués aux USA par les aciéries Pitt-Des Moines Co à Pittsburgh en Pennsylvanie furent déchargés dans le port de Bordeaux pour être ensuite acheminés par transport ferroviaire jusqu’au site de la future station. La nappe d’antennes dont la figure ci-dessous représente un croquis, était soutenue par les huit pylônes et couvrait une surface de 1200 x 400 m2 (48 ha).

Figure plan de l antenne

Une terre artificielle de surface équivalente constituée de fils de cuivre était enfouie dans le sol entre les pylônes. A l’extrémité, les fils arrivaient à la station en un toron enveloppé par un tube de cuivre pour pénétrer dans la tourelle du bâtiment principal à travers un manchon isolant. A l’intérieur, le toron était raccordé à l’inductance d’antenne, via le commutateur de longueur d’onde photos ci-dessous).

La tourelle 1

Figure sortie antenne 1

Le système d’aérien et la terre artificielle formaient les armatures d’un gigantesque condensateur qui, avec l’inductance, constituaient un circuit accordé siège d’un courant haute fréquence très important qui, en traversant l’antenne, engendrait un rayonnement d’énergie sous la forme d’ondes électromagnétiques. L’inductance réalisée avec du câble de 100 mm de diamètre faisait six mètres de haut pour un diamètre de six mètres, avec des prises intermédiaires sélectionnées par un commutateur. De ce fait, il était possible d’émettre sur sept longueurs d’ondes différentes comprises entre 19150 mètres (15666 Hz) et 23450 mètres (12793 Hz).

L ensemble 1

L 1 

Les pylônes de 560 tonnes assemblés avec 24000 rivets étaient des tripodes composés d’une pyramide triangulaire de 190 mètres s’appuyant sur trois pyramides inversées de 60 mètres, les côtés du triangle à la base mesurant 66 mètres. Ils pouvaient supporter une force de 10 tonnes au sommet. Une échelle permettait d’aller jusqu’au sommet où se trouvait une plate-forme de 3 m2.

Figure vues des embases

5) L’émetteur à arc (1920 à 1923):

La station était équipée de deux arcs identiques dont un en secours.

a) Description du principe : L’intensité d’un arc électrique varie périodiquement afin de produire une oscillation entretenue au rythme de la haute fréquence désirée. Pour ce faire, l’arc est contrôlé par un système de soufflage magnétique selon l’effet Laplace-Lorentz. Un champ magnétique très important appliqué perpendiculairement à l’axe des électrodes produit une incurvation de l’arc qui tend vers la coupure. Dès que le champ magnétique disparaît l’arc se rétablit automatiquement grâce à la forte ionisation du milieu. La fréquence du courant d’arc est proportionnelle à l’intensité du champ magnétique : plus le champ est important, plus la coupure de l’arc se produit rapidement (figures ci-dessous). L’arc consommait 800 ampères sous 1250 volts avec un rendement de conversion de l’ordre de 50%. Des bassins fournissaient la source de refroidissement indispensable pour évacuer les 500 kW d'énergie perdue en chaleur dans l'émetteur.

Figure l arc souffle

Gene oscill hf

b) La chambre de l’arc et l’électroaimant : Les figures suivantes représentent schématiquement l’ensemble de l’équipement qui pesait environ 80 tonnes dont 70 pour le circuit magnétique à lui seul et qui pouvait produire une induction de 17000 gauss. Les bobinages du circuit magnétique étaient refroidis par une circulation d’huile. Pour faire fonctionner le dispositif, l’enroulement principal est en série avec l’arc, ce qui évite en plus le retour des oscillations vers l’induit de la génératrice. Un enroulement auxiliaire chargé de délivrer un champ réglable qui s’oppose au champ principal est alimenté par un groupe de 30 kW. L’anode de l’arc est constituée d’un tube de cuivre de 10 mm refroidi par une circulation d’eau. Le charbon de cathode qui est changé toutes les 24 heures, est un bâton de 40 mm de diamètre et d’une longueur initiale de 500 mm. Un petit moteur électrique fait tourner lentement l’électrode afin d’uniformiser l’usure. Dans la chambre à arc est injecté à raison de 20 litres par jour, un mélange d’alcool et de pétrole vaporisé qui améliore l’état de surface du charbon et l’efficacité de l’arc. Une porte permet de pénétrer dans la chambre pour en effectuer le ramonage.

Figure coupe de la chambre

L emetteur

c) Alimentation: Chaque émetteur était alimenté par une dynamo Gramme entraînée par un moteur synchrone fonctionnant sous 2200 volts et pouvant délivrer 800 ampères sous 1250 volts.

c) Réglage de la fréquence : L’arc est placé entre l’inductance d’antenne et la prise de terre, comme le montre le schéma de la figure ci-dessous. L’ajustage du courant dans l’enroulement auxiliaire permet de faire varier la fréquence d’émission.

Schema installation

d) Transmission de l’information en Morse : 

Le Morse fonctionne normalement en tout ou rien, le manipulateur est un simple interrupteur: fermé, le courant passe, l’onde porteuse est émise pour produire un point ou un trait, ouvert pas de courant donc pas d’onde porteuse pour un espace ou un blanc (ou l’inverse). Mais l’établissement de l’arc n’est pas instantané, il n’était donc pas possible de couper l’émission au rythme du manipulateur. On a adopté une manipulation par déplacement de fréquence, de F1 à F2, dont le fonctionnement est décrit ci-dessous. Soixante-dix-huit petites spires sont disposées à la base de l’inductance d’antenne et couplées à celle-ci. Lorsque le manipulateur est ouvert, ces spires sont mises simultanément en court-circuit, ce qui provoque l’amortissement du circuit oscillant et une variation de charge accompagnée d’un déplacement de fréquence sur F2 à cause du désaccord engendré (figure ci-dessous). A l’écoute, l’opérateur décodait les signaux par battement avec le récepteur syntonisé sur F1. L’onde F2 était néanmoins proche de F1 et il devait s’en affranchir en favorisant la note musicale correspondant à F1. Le poste à arc était générateur d’harmoniques d’amplitude importante jusqu’à des rangs élevés, de ce fait la réception des autres stations pouvait être sérieusement perturbée. Par conséquent il sera envisagé rapidement de modifier le procédé d’émission.  

Manip

6) Installation d’un alternateur haute fréquence en 1923 (indicatif FLY):

Un alternateur type Béthenod-Latour est installé en 1923. Ce type de génératrice permet d’obtenir une fréquence trois fois plus élevée qu’un alternateur classique. L’entrefer fait seulement 1mm. La machine tourne dans une atmosphère à air raréfié pour diminuer les forces de frottement. Le rotor en acier forgé qui est pourvu sur sa périphérie de tôles au silicium de 0,5/10ème d’épaisseur, ne comporte aucun bobinage. La machine est entraînée par deux moteurs électriques placés de part et d’autre de l’arbre et est dotée d’un régulateur de vitesse qui stabilise la fréquence. La fréquence d’émission est désormais fixe sur 15666 Hz (19150 mètres). Les huit bobines de l’alternateur sont couplées à l’antenne par des transformateurs TESLA à trois enroulements dont le schéma de principe est représenté ci-dessous. Les bobines sont des enroulements plats confectionnés avec du ruban en cuivre de 50 x 2 mm. Le principe de fonctionnement est assez rudimentaire : l’enroulement du milieu est court-circuité pour interrompre l’émission, celui-ci se comporte dans ces conditions comme un  écran et réduit à néant le couplage entre le primaire et le secondaire. La charge de l’alternateur devient très faible et la puissance consommée réduite. On aperçoit les transformateurs TESLA avec les jeux de contacteurs sur la photo ci-dessous.

Les postes à arc sont conservés en secours.

Figure enc alternateur

Couplage tesla

Selfs

Cela présentait un énorme avantage par rapport à la précédente technique : meilleur rendement, peu de puissance consommée dans les blancs de manipulation, une réception plus aisée et moins d’harmoniques.

 

7) Installation de postes émetteurs en ondes courtes à lampes sur 6802 kHz :

Plus tard, des postes émetteurs ondes courtes furent installés. Le premier en 1937. Sa puissance était de 50 kW sur 6802 kHz (indicatif FYM) et le second en 1938 avec 15 kW sur 17530 kHz (FYM2).

(Source : Historique de la Station Bordeaux – La Fayette.)

 

Appendice 1 : Principe de l’émetteur à arc.

L'émetteur à arc de Poulsen, selon le nom de son inventeur Valdemar Poulsen, chercheur danois, était utilisé au début de la radio pour convertir du courant continu en énergie radioélectrique. Cet appareil qui pouvait générer des fréquences jusqu'à 200 kHz fut breveté en 1903. Après quelques années de mise au point, la technologie de l'émetteur à arc est transférée en Allemagne et en Grande-Bretagne en 1906. Les développements en Europe et aux États-Unis sont très différents. En Europe la technologie de Poulsen rencontre de grosses difficultés à s'implanter pendant plusieurs années, alors qu'aux États-Unis un système de radiotélégraphie largement répandu a très vite vu le jour. Plus tard, l'US Navy adopte le système Poulsen à son tour. Seul l'émetteur à arc à conversion de fréquence passive peut convenir à l'usage portable ou maritime. L'émetteur à arc de Poulsen fut le système de radio mobile le plus important durant une dizaine d'années, jusqu'à l'apparition des tubes électroniques.

Il s'agit d'un arc électrique se produisant entre deux électrodes. Si on place en dérivation sur celui-ci un condensateur en série avec une inductance, on constate que ce circuit est le siège d’oscillations entretenues (voir ci-dessous). Pour émettre, le circuit est couplé à une antenne qui permet de propager l’oscillation sous forme d’ondes radioélectriques. Le dispositif est simple et robuste et délivre un rendement d'environ 40 %.

Sous son aspect industriel pour la marine, l’arc est soufflé par un électroaimant. La cathode (–) est en carbone, l’anode (+) en cuivre et refroidie par une circulation d’eau ; l’arc jaillit dans une atmosphère de vapeur d’alcool. L'émetteur consiste en une chambre de bronze à atmosphère d’hydrogène et refroidie à l'eau dans laquelle se produit l'arc entre une cathode de carbone et une anode de cuivre refroidie elle aussi par un circuit d'eau. Sur le dessus et le dessous de cette chambre se trouvent les bobinages qui entourent les deux pôles du circuit magnétique de l’électroaimant. Ces pôles pénètrent dans la chambre, de part et d'autre de l'arc, et génèrent un champ magnétique (voir ci-dessous).

Image1 1

Image2

Description du fonctionnement :

Contrairement à l'émetteur à étincelles, l'émetteur à arc de Poulsen génère une onde entretenue, ce qui est un avantage considérable, car les ondes amorties sont moins efficaces et très riches en harmoniques. L’arc de Poulsen est basé sur la découverte de Duddell qui démontra que si un arc électrique est connecté à un circuit comprenant un condensateur C et une inductance L, celui-ci entre en oscillations à une fréquence qui est fonction de la valeur L et C. Le phénomène est dû au fait que la relation entre la tension aux bornes de l’arc et le courant qui le traverse présente une résistance dynamique négative, autrement dit lorsqu’on son courant augmente, la tension à ses bornes diminue.

Supposons un circuit LC connecté aux bornes de l’arc. A un instant donné, le condensateur se charge en dérivant une partie du courant de l’arc. La tension de l’arc augmente, entraînant une charge plus importante du condensateur. Le condensateur une fois complètement chargé ne dérive plus aucun courant, le courant dans l’arc augmente et sa tension diminue, entraînant une décharge du condensateur.  Par son apport d’énergie, l’arc électrique désamortit le circuit LC qui entre dans un régime d’oscillations entretenues. Le système de Duddell ne pouvait  fonctionner qu’avec un condensateur d’au moins 1 µF, ce qui limitait l’utilisation de l’arc en haute fréquence.

La grande découverte de Poulsen fut de faire fonctionner l’arc dans une atmosphère d’hydrogène qui, en refroidissant l’arc, augmentait la pente de la caractéristique courant-tension et aussi de réduire fortement le courant en plaçant un champ magnétique transversal très intense pour souffler l’arc, afin d’obtenir une tension  plus élevée. Cela lui permit d’utiliser des condensateurs de plus faibles valeurs et donc d’augmenter la fréquence de fonctionnement.

A noter que l’émetteur de Radio La Fayette est une déclinaison quelque peu différente de l’émetteur d’origine, en ce sens que l’oscillation de relaxation est totalement créée par l’action de l’électroaimant. Étant donné que l'arc met un certain temps à s'amorcer et à se stabiliser, on ne peut pas manipuler l’émetteur par tout ou rien pour la télégraphie. On utilise une manipulation par déplacement de fréquence, comme vu précédemment. Dans ce cas, l'arc est en fonctionnement permanent et une partie du circuit LC (une ou deux spires) sera en court-circuit lorsque le manipulateur est abaissé (ou l’inverse, comme dans le cas de Radio La Fayette). Ainsi l'émission se fera sur deux fréquences différentes selon que le manipulateur est abaissé ou non. Si ces fréquences sont suffisamment différentes (de l'ordre de 5%), et que la station de réception est suffisamment sélective, l'opérateur pourra entendre de la télégraphie classique lorsqu'il est réglé sur la fréquence correspondant au manipulateur en position abaissée. Le système était très efficace sur les bandes de fréquences s’étendant de quelques kilohertz à quelques dizaines de kilohertz.

(Source : The Poulsen System from Wireless Telegraphy by W.H. Marchant (1914))

 

Appendice 2 : Les alternateurs haute fréquence.

Les ingénieurs qui ont développé ces machines à la Société Française Radioélectrique  sont MM. Joseph Bethenod et Marius Latour. La réalisation mécanique de ces dispositifs pour obtenir directement des fréquences élevées soulevait des difficultés considérables. Cela conduisait à adopter des vitesses de rotation inusitées, des pas polaires très faibles et des entrefers extrêmement réduits. Ces vitesses élevées augmentaient les pertes par frottement, des déformations et des trépidations dangereuses. De plus avec un entrefer très petit, la précision devait être extraordinaire. Les efforts conjugués de la Société Française Radioélectrique et de la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques de Belfort ont résolu ces problèmes avec un succès inégalé.

La première machine de 5 kW fut mise en service en 1915 au poste de Lyon La Doua, puis une seconde de 125 kW y fut ensuite installée en 1918 . Le fonctionnement et la fiabilité se révélèrent impeccables, l’onde était dépourvue d’harmoniques et très stable. Ce type d’alternateur a été construit pour des puissances diverses, depuis 25 kW jusqu’à 500 kW, pour des longueurs d’ondes de 8000 à 20000 mètres. La vitesse de rotation de ces machines variant de 2500 tours par minute pour l’alternateur de 500 kW à 6000 tours par minute pour l’alternateur de 25 kW était maintenue constante par un régulateur à action très rapide, quelles que fussent les variations de charge. Tournant dans une atmosphère raréfiée pour éviter les pertes par frottement sur l’air et énergiquement refroidi par circulation d’huile sous pression, l’alternateur offrait un rendement très élevé (84 % pour la machine de 500 kW, voir la photo SFR ci-dessus).

Ces alternateurs pouvaient être couplés entre eux sur la même antenne, afin d’augmenter la puissance, selon les nécessités du trafic ou de la propagation ou bien encore transmettre en multiplex, simultanément sur des fréquences différentes sur la même antenne, en évitant l’interaction des alternateurs entre eux.

Sources :

25 années de TSF, Société Française Radioélectrique 1935

Ouvrage publié par la Direction des Télécommunications du Réseau International : « Histoire de Bordeaux La Fayette » par Mr Nicolazzy 25/04/1975.

  1. Ouvrage sur le Bassin d’Arcachon durant 1914/1918, Patrick Boyer coauteur.

Documents existants :

1. Archives d’actualités Gaumont-Pathé en court métrage sur film de 16 mm montrant l’inauguration de la station.

2. Brochure « Bordeaux-La Fayette » éditée par l’Association pour l’Histoire de  la Poste et des Télécommunications en Aquitaine.

 

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Commentaires (2)

ON4ROB
  • 1. ON4ROB | 01/08/2020
Merci pour l’information très précis! Je visitais déjà des lieux historiques pour le TSF comme Poldhu ( Cornwall / UK ) et le Alexanderson Generator ( Grimeton / Suède ). Maintenant, Bordeaux - La Fayette est un nouvel objectif pour moi!
maignan-daniel
  • maignan-daniel | 01/08/2020
Bonjour cher ami, Merci pour votre intérêt, nous allons fêter cette année le centenaire de la station Radio Lafayette. A bientôt Daniel

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