WW2 L'épopée de la radio

L’épopée de la radio pendant la Seconde 

                   Guerre Mondiale

 

 


Par Daniel Maignan/F6HMT

Enfin, l'ennemi, pourchassé par les Alliés et les Forces Françaises de l'Intérieur, quitte le sol de France où depuis quatre ans il s'était installé en maître. 
La libération du territoire s'accompagne de la libération des ondes radioélectriques. 
Malgré les destructions et les sabotages, les voix des émetteurs s’expriment peu à peu.
On entend à nouveau les ondes en provenance de Paris et de nos grandes villes de province, Rennes, Limoges, Toulouse, Lyon, Marseille, bientôt Lille et dans un avenir très proche, Strasbourg, symbole de la résurrection.
La Radio, arme stratégique et arme terrible maniée par la propagande, a pu, sur notre  versant, celui de la Vérité, soutenir les énergies, lutter contre le mensonge et aboutir, malgré l'oppression de l’envahisseur, à la nouvelle union de la patrie.
Alors que la plupart des grosses entreprises durent travailler pour l’occupant, la mort du petit commerce et de l’artisanat des radioélectriciens au service du grand public avait été décrétée.
L'ordre formel de cesser la fabrication des récepteurs sur tout le territoire ne visait pas seulement à réserver la totalité des matières premières et la totalité de la main-d'œuvre pour l’effort de guerre de l’occupant, mais aussi pour priver d’information la population. 
Bien que l’ennemi tentât d'empêcher l'usage d'appareils de TSF, la confiscation de tous les récepteurs s’avéra évidemment impossible ; on écoutait clandestinement Radio Londres dans toute la France et c’était un motif suffisant pour se faire arrêter.

 

Grâce au support technique prodigué par quelques revues de vulgarisation qui avaient déménagé en zone libre, telle « la TSF pour Tous» (figure 1), les artisans dépanneurs pouvaient continuer à dépanner avec les moyens du bord, des milliers de récepteurs, ultimes soutiens du moral de la population. Ces revues privilégiaient la description de tout ce qui se rapportait aux ondes courtes : postes, antennes, fabrication de bobines, condensateurs variables et transformateurs avec des pièces de récupération et aussi à l’apprentissage du morse pour l’éducation des techniciens et futurs agents de liaison entre la France occupée et le monde (figure 2). En guise de représailles, la censure intervenait pour faire supprimer des descriptions de récepteurs ou adaptateurs ondes courtes. Certains rédacteurs ont même connu   les geôles de la Gestapo. 

Figure 1 couv n 25 aout 1944
                                                                       Figure 1 – couverture du N°24 août 1944

Figure 2 presse

                                                                               figure 2


La période de septembre 1939 à juin 1940 :

Quand la guerre éclate le 3 septembre 1939, en France l'administration de la Radiodiffusion Nationale (RN), c'est à dire le service public, est placé sous le contrôle direct du Président du Conseil.  
Outre Rhin, dès le début du conflit, des émetteurs diffusent des émissions destinées à démoraliser la population française. La France fera d’ailleurs de même à destination des allemands sans cependant obtenir le même impact.
Le 21 septembre 1939, le Luxembourg, dans un esprit de neutralité (le Duché n'est alors pas entré en guerre), décide de suspendre les émissions de Radio Luxembourg. 
La propagande allemande est sans conteste le grand vainqueur de cette guerre des ondes. En effet, elle s’adresse à toutes les couches de la population, alors que la propagande française est beaucoup plus intellectuelle. 
Le 10 mai 1940, les armées allemandes attaquent le Benelux demeuré neutre et en deux jours, le Luxembourg est occupé, la direction de Radio Luxembourg s’installe à Paris et l’émetteur sera ensuite utilisé pour diffuser les émissions allemandes sur l’Hexagone. Quelques jours plus tard, la direction de Radio Belgique quitte Bruxelles pour venir s’installer à Lille. 
Toutes les radios françaises reçoivent alors l'ordre du Gouvernement de se saborder au cas où les Allemands arriveraient jusqu’à leurs studios. La première station à se saborder est Radio Lille, le 18 mai 1940. Deux jours plus tard, en pleine attaque allemande sur la France, toutes les émissions artistiques, de variétés ou de divertissement sont interdites sur toutes les ondes françaises. Seules restent les émissions d'informations dans toutes les langues, les déclarations du Gouvernement et les communiqués de l'Armée. 
Le 10 juin 1940, alors que les Allemands sont de plus en plus près de Paris, la RN évacue son personnel à Bordeaux. Les radios encore opérationnelles continuent cependant d'émettre dans toute la France. 
Le 13 juin, les stations privées Radio 37, Radio Ile-de-France et Radio Cité cessent  définitivement leurs émissions. Les deux premières se sabordent. La station d'état Radio Paris continue ses émissions, car son émetteur de grosse puissance se trouve à Allouis dans le Berry. Le lendemain Paris est occupé. Le 15, c'est au tour de Radio Strasbourg de se taire définitivement. C'est depuis les studios de Radio Bordeaux Lafayette que le maréchal Pétain annoncera la demande d'armistice, le 17 juin 1940. 
Après ce discours, Radio Paris, le Poste Colonial Paris Mondial, et toutes les stations d'état régionales cesseront leurs émissions. C'est dans ce contexte de silence quasi total que le Général de Gaulle lancera son appel depuis Londres sur la BBC (British Broadcasting Corporation), le 18 juin 1940, discours qui sera très peu entendu (figures 3 et 4). 

Figure 3 appel 18 juin bbc                                                                                                      figure 3

Figure 4 reconstitution studio bbc musee radio france

                                       figure 4 – Reconstitution par Jacques Van den Driessche du studio de la BBC   
                                                                                                    (Musée de Radio France)

A partir de ce moment, deux institutions coexistent : la Radiodiffusion Nationale (RN), radio officielle du Gouvernement français, et donc du futur régime de Vichy, et la Radiodiffusion Nationale Française (RNF), radio de la France Libre, qui organisera les programmes français de la BBC. En effet, celle-ci donnera désormais un quart d'heure (une demi-heure à partir de juillet 1940) d'émission chaque soir à la RNF. Ainsi, tous les soirs de 20h30 à 20h45, on pourra entendre l'émission « Ici la France », en plus des bulletins d'informations en français tout au long de la journée. (Elle donnera du reste un quart d'heure d'émission à tous les pays en exil à Londres, comme la Pologne ou les Pays-Bas). 
Comme prévu dans l'Armistice signé par Pétain, le 25 juin 1940, à 0h30, toutes les stations françaises cessent leurs émissions.
Pendant 10 jours, les Français ne peuvent plus écouter la radio. Les émissions reprendront le 5 juillet 1940, avec cependant, un éventail restreint de stations. 


La période de l’Occupation, de juillet 1940 à l’été 1944 :

Le 5 juillet, après dix longs jours de silence, les émissions reprennent. La Radio Nationale émet depuis le Casino de Vichy et les radios locales privées de la zone libre se contentent de relayer ses émissions. Dans la zone occupée, les Allemands s’emparent de Radio Paris (1648m), la station la plus populaire née en 1922 sous le nom de Radiola (figure 5).

Figure 5 radio paris

                                                                                                       Figure 5

Elle est relayée par les stations locales qui n'ont pas été sabotées. Ce sont les deux seuls programmes de radio émis depuis le territoire français. Cependant, les Français peuvent écouter aussi la BBC, avec les émissions de la France Libre, mais une loi promulguée le 28 octobre interdira « la réception sur la voie publique ou dans les lieux ouverts au public des radios anti-nationales et de la BBC ».
La guerre des ondes entre la France Libre et la France occupée qui fit rage pendant la Seconde Guerre Mondiale appartient aujourd'hui à l'histoire, voire même à la légende. Et le surnom de  « Général Micro » dont de Gaulle fut affublé par la propagande adverse atteste à lui seul de l'importance prise par Radio Londres dans l'affrontement entre les résistants, les occupants et ceux qui collaborèrent. Mais la radio en guerre ne se limite pas à la joute oratoire entre Philippe Henriot de Radio Paris et Maurice Schuman de la France Libre, de même que la voix de cette dernière ne s'est pas limitée à la diffusion des célèbres petites phrases.
A partir du 18 juin 1940, date de l’appel du général de Gaulle, les Français subissant l’occupation allemande peuvent garder le contact avec la minorité ayant décidé de poursuivre le combat, malgré le choc de la défaite.
Comme déjà mentionné, la BBC accueille dans ses studios cette radio de la France libre qui est animée par des chroniqueurs qui tentent de maintenir la flamme de la Résistance (Jacques Duchesne, Maurice Schumann, Pierre Dac...). C’est une véritable radio de proximité qui s’offre aux auditeurs (figure 6). Les services de de Gaulle sont supportés par l’émission « les Français parlent aux Français » afin d’envoyer des messages personnels qui sont autant d’appels à résister. 
Ce processus entraînera une véritable guerre des ondes entre, d’une part Radio Londres, d’autre part, Radio Vichy et Radio Paris. Les chroniqueurs de Radio Londres ne se lassent pas de véhiculer le slogan choc « Radio Paris ment, Radio Paris est allemand ».
En dépit de tous leurs efforts, les autorités d’occupation et le régime de collaboration de Vichy ne parviennent pas à briser le pouvoir des ondes, malgré de nombreuses mesures (interdiction d’écouter la BBC, émissions brouillées...).

 Figure 6 radio londres

                                                                 Figure 6 – l’écoute de la BBC

Tout au long de l'été 1940, les Allemands s'efforcent de remettre en état de marche les émetteurs sabotés lors de la débâcle de juin 1940. C'est ainsi que, de Bordeaux à Allouis, toute la France occupée est de nouveau capable de recevoir les programmes des émissions de Radio Paris allemande. 
L'occupant remet également en service la station Poste Colonial Paris Mondial, sous le nouveau nom de Radio Paris Mondial, chargée de propager à travers le monde la propagande allemande en français. Le 1er novembre 1940, afin de monter l'opinion française contre l'Angleterre, les Allemands autorisent Radio Rennes Bretagne à émettre quelques émissions en breton. Pendant ce temps, la Radiodiffusion Nationale Française (RNF) organise ses programmes en français sur la BBC. Ainsi, Robert Schumann présente « Honneur et Patrie » tous les jours à partir du 18 juillet, et c'est le 6 septembre 1940 qu'on entend pour la première fois l'émission la plus célèbre de la RNF: « Les Français parlent aux Français ». 
Suite au ralliement de l'Afrique Equatoriale Française à la France Libre à la fin août 1940, la RNF peut émettre sa première émission sur sa propre station de radio le 11 septembre 1940, depuis Radio Brazzaville. Mais on ne peut évidemment pas la recevoir en métropole.
En 1941, les Allemands continuent d'étendre la portée de leur propagande. Après avoir remis en marche tous les émetteurs de la France occupée pour que les Français puissent recevoir Radio Paris, ils permettent désormais le relais des stations de radio allemande dans toute la France. Ainsi, on pourra capter Radio Stuttgart et Radio Berlin jusqu’à Bordeaux! De même, sur Radio Paris viendront s'exprimer désormais des journalistes allemands, comme le Docteur Friedrich qui aura droit à son émission hebdomadaire le dimanche. C'est en avril 1941 qu'est lancé le magazine hebdomadaire « Les Ondes », pour avoir les programmes de Radio Paris, et des reportages sur les vedettes parlant au micro. Dans la zone libre, c'est le magazine « Radio Nationale » qui donne les programmes de la Radio de Vichy. 
C'est également au printemps 1941 que les radios privées de la zone libre sont à nouveau autorisées à émettre. Cependant, elles restent surtout un relais principal de la Radio Nationale (Vichy), entrecoupée par des décrochages régionaux. 
Pendant l'été 1940, une nouvelle interdiction frappe les Juifs français: ils n'ont plus le droit de posséder un poste récepteur de radio. 
En septembre 1941, les Allemands autorisent de nouveau Vichy à avoir une liaison PTT avec Paris et la zone occupée, ce qui veut dire que  les émissions qui étaient réalisées au casino de Vichy, peuvent de nouveau avoir lieu à Paris. 
En 1942, la guerre des ondes entre la BBC et Radio Paris entre en vigueur. Le 9 mai 1942, les résistants sabotent l'émetteur d'Allouis, Radio Paris n'est plus reçue dans toute la France, mais pour quelques jours seulement. A l'automne 1942, les Alliés occupent l'Afrique du Nord française. Radio Alger, sous le contrôle de Vichy, devient Radio France, la principale radio de la RNF de la France Libre. Suite à cela, les Allemands occupent la zone libre le 11 novembre 1942.
En 1943, pour concurrencer Radio France et le Général de Gaulle en Algérie, Vichy lance sur les ondes de la Radio Nationale l'émission « La France fidèle », en arabe et en français. Pendant ce temps, la Résistance commence à lancer ses premières radios pirates, telle Lyon Combat en ondes courtes sur 48 mètres. 
En collaboration avec les Français, les Italiens et les Allemands, Radio Monte Carlo (RMC) diffuse ses premières émissions le 1er août 1943. 
Malgré toutes ces créations, la fabrication et la vente de postes récepteurs de radio sont interdites au cours de 1943, à cause des restrictions. 
En 1944 la Guerre des Ondes atteint son paroxysme. Philippe Henriot sur Radio Paris et Pierre Dac sur la BBC s’écharpent quotidiennement. 
Philippe Henriot, animateur doté d’une force de persuasion incroyable, connaîtra une audience phénoménale, ce qui en fera l’un des pires ennemis de la Résistance.

La libération des ondes survient en même temps que la Libération du territoire.
A partir de mars 1944, la France Libre inaugure la station Radio Corse à Ajaccio qui se  contente de relayer les émissions de Radio France depuis Alger. Avec le Débarquement de juin 1944, et tout le long de l'été, des radios résistantes seront mises en place un peu partout, comme Radio Quercy en Auvergne. Le Débarquement est annoncé sur les ondes de Radio Paris et de la Radio Nationale le 6 juin à 12h20. A 14h15, Pétain s'adresse au pays: « La France devient un champ de bataille. N'écoutez pas ceux qui conduisent le pays au désastre…».
Sur la BBC, le Débarquement est annoncé dès 9h30, puis aux nouvelles de 17h30, lors de l'émission en français, le message du Général de Gaulle s’exprime: « La bataille suprême est engagée…».
A ce moment, la France Libre remplace la Radiodiffusion Nationale Française par la Radiodiffusion de la Nation Française. Le 13 juin, les Américains émettent en Normandie grâce à AFN Normandy *. 

Le 28 juin, Henriot est assassiné par les Résistants. 

Le 4 juillet 1944, Radio Cherbourg est la première station libre à émettre sur le territoire métropolitain depuis plus de 4 ans. 

Le 17 août 1944, Radio Paris cesse d'émettre. Les Allemands sabotent l'émetteur d'Allouis, le seul qui soit reçu sur tout le territoire français.

Le 20 août 1944 à 22h31, les Parisiens entendent sur les fréquences de Radio Paris: « Ici Radiodiffusion de la Nation Française » suivi de la Marseillaise. 

La propagande allemande prend fin.

Comme l'émetteur d'Allouis est endommagé, seules les stations locales peuvent informer les Français de la situation. Radio Nationale à Vichy cessera ses émissions le 26 août 1944. Les radios renaissent partout en France. 
Radio Luxembourg relance ses émissions le 10 septembre 1944, après 5 ans d'interruption!

(*) : American Forces Network (AFN) est lancé en Europe dès le 4 juillet 1943 depuis les studios de la BBC à Londres. Ce réseau de stations qui dépend de l'AFRS (Armed Forces Radio Service) est destiné à suivre les forces américaines lors de leur progression pour la Libération de l'Europe de l'emprise nazie. Il multipliera les émetteurs partout où il y aura des bases permanentes de l'armée américaine. Sa vocation est essentiellement de distraire les soldats américains en diffusant la musique qu'ils aiment. Dans les années 40, c'est le jazz qui domine l'antenne. En 1944, son personnel et son matériel font partie des forces du débarquement et dès le 13 juin 1944 elle diffuse ses premières émissions depuis son émetteur de Normandie.


La Résistance :

 « Le grand duc vole de nuit », « Le dentiste est enragé », « Vercingétorix a quitté Alésia »... 

Nous connaissons tous ces phrases poétiques ou incongrues que l'on associe à l’écoute clandestine des programmes radio de la BBC pendant la Seconde Guerre mondiale, mais on ne mesure guère aujourd’hui l’enjeu que revêtaient alors pour la Résistance ces messages codés et ces fameuses allocutions « Les Français parlent aux Français ».
Si cette radio qui a contribué à accroître l’impact de la BBC, a soutenu le courage et l'espérance des Français pendant quatre longues années, la radio clandestine qui assurait la liaison entre le commandement allié à Londres et les réseaux de renseignements et d'action en France, et à travers eux, avec la Résistance Française, a joué un rôle primordial. 
Sans elle, les réseaux de renseignements n'auraient pas pu transmettre assez rapidement et avec une sûreté suffisante les informations innombrables qu'ils recueillaient journellement sur les stationnements de l'armée allemande, sur ses mouvements, sur ses moyens etc. (figures 7 et 8).

Outre son rôle important dans la diffusion de l’information et le développement de la Résistance, la radio, premier média de masse a constitué pour les belligérants sur le plan militaire une arme redoutable et décisive pour emporter la bataille de l’opinion.
De tous les moyens dont devait disposer la Résistance pour agir sur le plan militaire, la radio clandestine était le plus indispensable. 
Et cela l'ennemi le savait. Il le savait d'autant plus que la radio clandestine était la seule activité 

Figure 7 operateur radio

                                                                                         figure 7

Figure 8 emission clandestine

                                                                                           Figure 8

de la Résistance qui se manifestait continuellement à lui et qui, en quelque sorte, ne cessait de le provoquer. En effet, il recevait sur ses propres récepteurs les émissions clandestines françaises, comme le faisaient les Centrales anglaises auxquelles elles étaient destinées (figure 9).

Figure 9 home station

                                                                                                      Figure 9

Mais il en ignorait seulement les codes et les emplacements d'émission mais il s'efforçait avec acharnement de décrypter les uns et de localiser les autres. 


Les liaisons avec Londres :

Après l'Armistice de 1940, les Français de Londres se retrouvent totalement isolés de leur mère Patrie. Les Britanniques décident donc de parachuter quelques officiers en France pour évaluer la situation et glaner quelques renseignements.
Les premiers sur le sol français ne possédaient pas d’émetteur, la première liaison radiotélégraphique clandestine véritable avec Londres fut seulement établie le 25 décembre 1940 depuis la Bretagne par le capitaine de corvette Honoré d'Estienne d'Orves qui était chef du 2ème bureau de l'Etat Major du Général de Gaulle à Londres. Celui-ci, dont le nom est passé à la postérité fut dénoncé et rapidement fusillé par les Allemands.
C'est seulement en mars 1941 qu'une nouvelle liaison fut établie avec Londres depuis la région de Pau, grâce à un opérateur parachuté et un émetteur qui avait transité par l'Espagne. Une autre eut lieu quelques jours après, depuis la Bretagne.
Ces deux liaisons furent brèves, mais bientôt améliorées par d'autres qui permirent de gérer un trafic abondant.
Conscients du rôle primordial de la radio dans le développement de la Résistance, les Allemands  déployèrent dès le début des moyens importants pour la réprimer. Dans la zone occupée, grâce au concours de la section radio du contre espionnage allemand (Abwehr), la répression exercée par la Gestapo était très réactive et d'une impitoyable cruauté.
Quant à la zone non occupée, où ils n'avaient pas normalement accès, ils ne se résignèrent pas à demeurer inactifs et pratiquèrent dès le début les relevés radiogoniométriques à grande distance, puis introduisirent des agents, d'abord secrètement ensuite avec la bénédiction de  Vichy, puis enfin exigèrent la collaboration de la police française à partir d'août 1942.
En peu de temps, l'ennemi réussissait à arrêter les radios en zone « libre ».
Les transmissions étaient bilatérales entre un émetteur fixe, « La Centrale » ou « Home Station », installé en territoire libre, l'Angleterre (figure 9) ou l'Algérie libérée, et un émetteur-récepteur mobile appelé « La Station » ou « Out Station » depuis la France.

Les messages étaient bi-latéraux:

— de la France vers l’Angleterre, au cours d'une émission (ou vacation) du poste clandestin,
— de l'Angleterre vers la France, par émission du type broadcast,  par un émetteur de forte puissance. 

En France, un opérateur spécialisé dit « opérateur-broadcast » se mettait à l'écoute à des heures et sur des fréquences convenues. Il captait ainsi les messages qui lui étaient destinés. Ne disposant que d’un récepteur, il ne pouvait lui-même émettre et n’était donc pas repérable, mais ne pouvait accuser réception sur-le-champ des messages reçus.
Les liaisons devaient être assurées à travers tout l’Hexagone, du Pas-de-Calais (200 km) au  Midi (1 500 km) et sur un grand nombre de fréquences nettement séparées les unes des autres pour éviter les interférences. La puissance devait être suffisante pour une bonne réception par la Centrale sans cependant perturber les récepteurs situés au voisinage de l'émetteur.

Les caractéristiques répondant aux critères énoncés ci-dessus sont les suivantes :

- emploi des ondes courtes entre 5 et 9 MHz.
- Emission et réception en radiotélégraphie (morse A1, onde entretenue pure)
- Puissance HF comprise entre 5 et 20 watts.

 

Le repérage des clandestins :

Les centres d’écoute allemands recevaient absolument toutes les émissions clandestines par l’onde ionosphérique, le danger résidait cependant dans la localisation de l'émission par le repérage radiogoniométrique.
Dès qu'un émetteur clandestin était entendu, plusieurs stations de repérage déterminaient la direction de l’émetteur par rapport à sa propre situation. 
Les directions relevées par trois différentes stations étaient tracées sur une carte et se recoupaient au lieu de l'émission, cela prenait 2 à 3 minutes (figure 10). Cependant à cause des réflexions, le relevé n’était pas assez précis et était parfois amélioré par la présence d’un petit avion de repérage.
Dans un tel cas l’opérateur devait, au bruit de l’avion, évidemment cesser immédiatement ses émissions. 
L'équipe d'intervention la plus proche du triangle était prévenue et deux voitures comprenant des moyens de repérage précis et une équipe d'intervention armée partaient aussitôt. Elles utilisaient alors l’onde directe (onde de sol) pour les relevés, ce qui permettait de situer l'émetteur avec une précision absolue (figure 11).

Figure 10 triangulation gonio longue distance 2
 

                                                                                             Figure 10

Figure 11 gonio

                                                                                                  figure 11
 

Déroulement d'une émission :

Quelques minutes avant l'heure du rendez-vous avec Londres, l'opérateur arrive au lieu de l'émission. Un ou plusieurs guetteurs extérieurs sont en place. L’antenne de 10 à 15 mètres est déroulée, l’appareil est branché au secteur ou sur une batterie, le quartz est enfiché et les réglages sont rapidement effectués.
A la seconde prévue pour la prise de contact, l'opérateur lance 5 ou 6 fois son indicatif  d'appel. Dès que la Centrale le perçoit, elle répond en émettant son propre indicatif. A partir de ce moment le trafic morse s'enchaîne. De temps en temps, toutes les dix minutes environ, l’opérateur change de fréquence, car il sait que l’ennemi est à l’écoute.
Pendant les quinze minutes maximum qu’a duré l’émission, des renseignements sur l'ennemi, des comptes rendus de sabotages et d'opérations aériennes ont été transmis. 
Les messages étaient transcrits en un code formé par des groupes de cinq lettres sans signification apparente que seul le destinataire pouvait comprendre.
Ces messages radio étaient entendus et enregistrés par l'ennemi et les services de décryptage s’évertuaient  à « casser le code». 
Les procédés de codage se sont d’ailleurs perfectionnés au cours de la guerre. 
Toutes les mesures de sécurité prises personnellement auraient été dérisoires si le travail n'avait pas été étroitement encadré par une organisation au sommet. Celle-ci affecte à chaque opérateur un plan de travail personnalisé prévoyant les dates, les heures et la fréquence auxquelles la Centrale l’écoutera et celles qu’elle emploiera pour lui répondre.
Les codes d’appel de 3 lettres qu'utilisera le clandestin pour appeler et celui qu’utilisera la Centrale pour lui répondre sont également définis.
Les plans de travail individuels font partie d'un plan d'ensemble qui est conçu pour faciliter le trafic radio par un choix judicieux de la fréquence se propageant le mieux, compte tenu de l'heure des transmissions et de la distance avec Londres.

Ils sont aussi conçus pour dérouter l'écoute allemande et donc contribuent à la sécurité de
l'opérateur, par exemple :

— à 14 h 30, un clandestin appelle la Centrale sur la fréquence 7850 KHz en employant l'indicatif d'appel PRE. Ce clandestin se situe dans la région de Strasbourg.
— à 15 h 30, un autre clandestin appelle la Centrale sur la même fréquence de 7850 KHz en employant le même indicatif d'appel PRE, mais il se trouve dans la région bordelaise. Les services d'écoute allemands ne peuvent donc plus attribuer l'appel PRE sur 7850 KHz à un poste déterminé, ils devront à chaque fois procéder à un relèvement.

Au courage physique de ces opérateurs doit s’ajouter beaucoup de sang froid. Leur qualification technique était indispensable, ils devaient être bien entraînés à la lecture au son et à la manipulation des signaux morse. 

Le rôle de ces hommes et femmes, parfois de très jeunes gens, fut à la fois capital et ingrat et nous ne pouvions terminer ce court exposé sans leur rendre hommage. La moyenne de leur durée de vie était estimée à six mois environ.

Valises 1

                                                                                 Caractéristiques des valises

Le poste émetteur-récepteur de loin le plus utilisé est le AMK II. Sa constitution en trois boîtes séparées, récepteur/émetteur/alimentation, facilite sa dissimulation. 

 

Figure 12a valise a mk iiiFigure 13a valise type 3 mk ii

                    Figure 12a                                                                 figure 12b

Figure 12b valise a mk iii et accessoiresFigure 13b valise type 3 mk ii et accessoires

                      Figure 13a                                                                     figure 13b


Le transport de ce matériel depuis sa fabrication en Angleterre jusqu'à son utilisation en France comporte deux phases. La première consiste à le parachuter en France dans des containers où se trouvent rassemblés les émetteurs-récepteurs, les dispositifs d'alimentation, les accumulateurs et leur chargeur, manuels ou à pédales, les quartz, les plans de travail, les codes, etc. L'exécution de cette opération incombait aux services spécialisés de la Royal Air Force et aux équipes d'atterrissage et de parachutage de la Résistance, qui tous accomplirent leur tâche d'une manière exemplaire. La seconde phase consistait à répartir ce matériel entre les utilisateurs et ensuite à le déplacer continuellement pour le soustraire aux recherches de la Funkabwehr dès qu'il était en fonction et donc repéré. 
Et le transport de ces matériels, qu'il fallait bien amener sur le lieu de l'émission, resta toujours également une opération risquée… 


Daniel Maignan/F6HMT


 

Bibliographie : 

Revue « La TSF pour tous »

www.fondationresistance.org/documents/ee/Doc00006-012.pdf

esamitiesdelaresistance.fr › Articles du Lien › Le Lien n°16

www.uft.net/articles/radiosclandestines.pdf

museedelaresistanceenligne.org/musee/doc/pdf/ressource.../12659.pdf

academie-villefranche.fr/.../les-radio-clandestines-pendant-la-deuxieme-g.

www.musee-armee.fr/.../user.../MA_fiche-objet-poste-emetteur.pdf

deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t8557-la-radio-francaise-penda
cm1cm2.ceyreste.free.fr/medias.html

http://jcbm-evade-de-france.pagesperso-orange.fr

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