Par Jean-Paul Delattre
Ce récepteur très basse fréquence (V.L.F. en anglais) était destiné particulièrement aux sous marins de la Marine Nationale sous la référence
RR-BM-3A ou RR-BM-3C, RR-SM-6A, RR-SM-6C pour l’Armée de l’Air et 7G-180-80 pour l’appellation civile.
La société française AME (Ateliers de Montages Electriques) était située au 54 rue du Théâtre à Paris dans le 15ème arrondissement.
Description :
Ce récepteur superhétérodyne dont le schéma synoptique est représenté figure 1, couvre les fréquences de 1700 kHz à 13 kHz en 6 gammes :
-Gamme A de 1700 à 800 kHz,
-Gamme B de 850 à 420 kHz,
-Gamme C de 450 à 200 kHz,
-Gamme D de 216 à 105 kHz,
-Gamme E de 115 à 55 kHz,
-Gamme F de 58 à 28 kHz,
-Gamme G de 30 à 13 kHz.

Figure 1 – Schéma synoptique
Pour les gammes A à D, il est à simple changement de fréquence, la fréquence intermédiaire (FI) est de 80 kHz et pour les gammes E à G, il est à double changement de fréquence, la 1ère FI étant sur 180 kHz et la 2ème FI sur 80 kHz.
Il permet de recevoir les émissions en A1 (télégraphie CW), A2 (télégraphie modulée) ou A3 (téléphonie) :
Le schéma est représenté sur la figure 2.

Figure 2 – Schéma électrique
Il comprend :
-2 amplificateurs HF, 6BA6 (V1, V2).
-2 changements de fréquence, 6BE6 (V3, V5), 2 oscillateurs, 6AU6 (V4, V6), le 2ème oscillateur est piloté par un quartz de 260 kHz.
-2 amplificateurs FI, 6BA6 (V7, V8).
-1 amplificateur Régulateur Automatique de Sensibilité (RAS ou CAG), 6AU6, 6AL5 (V13, V14). -1 indicateur d’accord, EM34 (V15).
-1 étage oscillateur de battement B.F.O. (Beat Frequency Oscillator), 6AU6 (V12).
-1 étage de détection et de pré-amplification BF, 6AT6 (V9).
-1 étage limiteur de bruit, 6AL5 (V10).
-1 amplificateur BF de puissance, 6AQ5 (V11).
L’alimentation Haute Tension (figure 3) est fournie par 2 tubes 6X4 (V16, V17). La régulation de la tension de 108 V est obtenue par le tube OB2 (V18), cette tension est destinée à l’alimentation anodique des oscillateurs et des écrans des tubes amplificateurs HF.

figure 3 – Schéma de l’alimentation
La face avant dispose des réglages suivants :
-Accord antenne,
-Gain HF,
-Gain BF,
-Seuil de RAS,
-Limiteur de parasites,
-Réglage B.F.O. à + ou – 2 kHz,
-Sélectivité Large 3000 Hz, Moyenne 600 Hz, Etroite 150 Hz (à - 6 dB).
-Sélection d’antenne (accès grille ou prises symétriques et asymétriques 75 et 600 Ω).
Connectique :
-2 jacks pour casques d’écouteurs en face avant.
-Sur la face arrière se trouvent (figure 4):
-Un connecteur alimentation de type Socapex à 7 broches.
-Une sortie FI 80 kHz de type UG58A.
-Un jack ligne 600 Ω.
-Un jack HP.
-Un jack casque.
-Une sortie courant détecté.
-Une commande relais 24 V qui court-circuite l’entrée antenne et le secondaire du transfo de sortie BF lors du passage en émission de l’émetteur associé.
-Une sortie alimentation 6,3 V 900 mA alternatif et 215 V 15 mA continu.
-Trois entrées (grille, CCTU, 75 Ω) de type UG58A.

Figure 4 – Connectique à l’arrière
Aspect mécanique :
J’ai récupéré ce récepteur qui était dans un triste état, certaines parties de sa structure étaient cassées (vis arrachées). La peinture étant en très mauvais état, il a donc été nécessaire de poncer la face avant, après démontage (figure 5), puis mise en peinture noir brillant, comme à l’origine. L’opération la plus délicate fut la reprise de la sérigraphie.
J’ai utilisé un stylo de marque Tipp-EX suffisamment fin pour appliquer au fond de la gravure le liquide blanc type « blanco ». C’est une question de patience et de doigté et je suis certain que ce sont des qualités que nous possédons tous.
Pour préserver les marques de couleur en creux sur le commutateur de gammes, j’ai pris la précaution de coller avec de la colle blanche, avant peinture, de petites pastilles de fin carton presspahn découpées à l’emporte pièce au diamètre souhaité.
Le schéma est affiché en négatif sur le côté gauche, il est riveté sur la plaque de protection donnant accès aux réglages du bloc HF (figures 6 et 7).

Figure 5 - Préparation de la face avant pour la peinture

Figure 6 - Schéma en négatif

Figure 7 - Vue du côté gauche
Mise en marche :
Un commutateur, permet trois positions : Réserve, Attente, Ecoute.
Réserve : Pour éviter l’humidité, un préchauffage du récepteur s’effectue par les résistances R67 1800 Ω 13 W ou R68 680 Ω 13 W selon la tension secteur. Pour des raisons de sécurité et vu l’état du châssis noirci à leur emplacement et afin de ne pas laisser ces résistances alimentées alors que le récepteur est supposé hors tension, ces dernières ont été ôtées et leur circuit déconnecté. La résistance de limitation R70 de 1800 Ω 10 W (figure 3) sous le châssis ayant nettement surchauffé le câblage voisin, celle-ci a été déplacée pour la disposer au dessus du châssis.
Attente : Les résistances de préchauffage ne sont plus alimentées, le chauffage des tubes est en fonction et suffit à lui seul d’éviter la présence d’humidité supposée.
Ecoute : La H.T est appliquée.
Aspect général :
Le câblage est majoritairement en fil nu et les composants sont de qualité professionnelle et tropicalisés (figures 8 et 9).

Figure 8 - Vue de dessous

Figure 9 - Vue de dessus
Après un contrôle soigneux, le récepteur est mis sous tension à travers un transformateur d’isolement et un autotransformateur variable pour une montée en tension progressive, en surveillant la montée de l’intensité absorbée. Tout se passe bien sous l’aspect purement électrique, mais il s’avère que les gammes A et D ne fonctionnent pas. Pour ces dernières, la panne se situe au niveau de l’oscillateur local. Les selfs sont coupées, après un comptage précis du nombre de spires, sans oublier la prise intermédiaire et la mesure de l’épaisseur du bobinage, elles ont été reconstruites. N’ayant pas la possibilité de bobiner en nid d’abeilles et en raison de la forme du mandrin, il a été constitué deux flasques en cordelette de nylon collée spire par spire avec de la colle cyanoacrylate et espacées selon l’épaisseur du bobinage à réaliser. Dans l’espace entre les flasques ainsi constituées, les bobinages ont été refaits par un enroulement en pseudo nid d’abeilles, en croisant tant que faire se peut les spires (figures 10 et 11). Il est à remarquer que les selfs du bloc HF sont montées sur un support noval permettant une extraction aisée. Cette disposition a été prévue à l’origine pour un remplacement immédiat en cas de défectuosité d’un circuit. Attention cependant, en particulier pour les bandes de fréquence basse, les enroulements sont d’une dimension importante, il y a risque de les blesser ou de les couper lors de l’extraction.

Figure 10

Figure 11
Après remontage et mise sous tension, le réalignement et le réglage du BFO qui était décalé, le récepteur est redevenu fonctionnel. Il est maintenant connecté et posé sur une solide étagère, vu le poids de la bête.

Figure 12 – Face avant du récepteur restauré
Performances :
Les mesures effectuées sur les fréquences hautes (50 à 1700 kHz) sont comprises entre 10 et 20 µV en mode A3 sur une sortie de 60 Ω d’impédance. Pour les gammes de fréquences basses (F et G) je n’ai pu mesurer de manière fiable la sensibilité.
Les performances données ci-après sont extraites de la documentation technique de ce récepteur.
Sensibilité :
Mode A1 bande étroite : 1 µV sur antenne de 75 Ω sur toutes les gammes.
Mode A3 bande large : 15 µV sur antenne 75 Ω entre 100 et 1700 kHz.
Sélectivité :
Position sélectivité Bande passante
- 6 dB -60 dB
Large ± 3000 Hz ± 12000 Hz
Moyenne ± 600 Hz ± 5000 Hz
Etroite ± 150 Hz ± 3000 Hz
Fréquences d’alignement :
Gamme Fréquence générateur (kHz)
A 1560 et 880
B 800 et 460
C 410 et 220
D 202 et 115
E 107 et 61
F 54 et 31
G 27,5 et 14,8
NB : la prise à l’arrière de l’appareil permet de mesurer le courant détecté à l’aide d’un micro-ampèremètre de sensibilité 100 µA.
Jean-Paul Delattre.
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