Le Grammont 4616

                  Chronique de dépannage et de restauration
               
                                                                Le Grammont 4616
 
 
 

par Daniel Maignan
 
Un ami m’a fait cadeau de ce poste Grammont (figure 1) des années cinquante, d’un aspect plutôt sympathique avec son ébénisterie en placage de noyer.
Bien que remisé au fond de mon hangar, je l’apercevais presque tous les jours, ce qui m’incita finalement à m’occuper de lui.

Figure 1 poste en fonction sur cadre
                                                Figure 1 - Le poste Grammont restauré en fonctionnement sur cadre
 
 
Description générale :
Il s’agit d’un super hétérodyne de marque Grammont (*), modèle 4616 de 1948 d’une conception plutôt classique, avec 4 gammes d’ondes :
 
-OTC : de 16 à 29 mètres
-OC : de 28 à 51 mètres
-PO : de 190 à 560 mètres
-GO : de 900 à 1900 mètres.
 
La moyenne fréquence est  sur 472 kHz.
 
Il existe, sous la même référence, à ma connaissance, trois déclinaisons de cet appareil, selon la série de  tubes à brochage octal dont il est équipé :
1) 6E8 - 6M7 – 6H8 – 6M6 – 6AF7 – 5Z4
2) 6E8 – 6K7 – 6Q7 – 6M6 – 6AF7 – 5Z4 (version qui fait l’objet de cet article).
3) 6TH8- 6M7 – 6Q7 – 6V6 – 6AF7 - 5 Z4
 
Ce récepteur est prévu pour fonctionner avec une antenne extérieure. L’aiguille de repérage des stations actionnée simultanément avec la rotation du condensateur variable par un petit câble d’acier, se déplace sur un cadran horizontal gradué selon les données du plan de Copenhague édité en 1948.
A droite se trouvent deux boutons concentriques pour la rotation du condensateur variable à deux vitesses, pour la recherche rapide et lente.
A gauche deux autres boutons concentriques, l’un pour l’interrupteur M/A et le réglage de volume BF et l’autre pour la tonalité.
Le changement de gammes d’ondes se trouve sur le côté droit du coffret.
( *)  Société des Téléphones GRAMMONT, 11 rue Raspail MALAKOFF (Seine)
 
Figure 24
                                                                                         Figure 2 - Organes de commandes
 
Caractéristiques physiques:
Dimensions : 520 x 330 x 210 mm
Poids : 11 kg

Examen sommaire du schéma de la figure 3 :
Le schéma est classique.
Soulignons l’organisation claire et ordonnée du bloc d’accord, tant sur le plan électrique que sur le plan physique, signe d’une étude sérieuse et aboutie. Le haut-parleur est un modèle à excitation, remarquer l’ampoule (F2) dans le retour HT qui tient le rôle de fusible.
Au niveau de la détection et de la pré amplification avec un 6H8 (penthode + 2 diodes) sur le schéma de la figure 2, le modèle qui fait l’objet de ce rapport, est différent avec un 6Q7 (triode + 2 diodes) .
L’une des diodes délivre la tension de CAG appliquée aux grilles du 6E8 (partie penthode) et 6M7 (ou 6K7), et l’autre assure la détection AM.
 
Figure 3 schema
                                                                         Figure 3 - Schéma électrique

Examen visuel de l’appareil :
Il est poussiéreux, le dessus de l’ébénisterie comporte des petites tâches blanchâtres, mais ce n’est pas de la peinture.
Le verso du cadran est très poussiéreux (figure 4), mais connaissant la fragilité de la sérigraphie de l’époque, pas question d’y toucher !  Le carton arrière est présent, en bon état, mais tout gondolé. L’intérieur est également très poussiéreux et le châssis bien rouillé (figures 5 et 6). Tous les composants passifs sont câblés sur une large platine à cosses en Bakélite, certainement pré câblée en usine, de la longueur du châssis et fixée verticalement sur le côté arrière (figure 7).
Tout semble correct, je constate que le double condensateur de filtrage a déjà été changé, ainsi que le haut-parleur, d’un diamètre semblant plus petit que celui d’origine. Le potentiomètre de volume et de commande Marche/Arrêt, bien que défectueux, est resté en place, et le dépanneur sûrement débordé et manquant de pièces détachées, l’a remplacé par un potentiomètre qu’il a installé sur le côté gauche de l’ébénisterie, en pratiquant un trou dans l’ébénisterie, à l’instar du changement de gamme.
 
Figure 4 vue avant hors ebenisterie
                                                                                            Figure 4 - Baffle et cadran
 
 
Figure 5 chassis vu de dessus
                                                                                              Figure 5 - Vue de dessus du châssis
 
Figure 6 chassis vu de dessous
                                                                                     Figure 6 - Châssis vu de dessous
 
Figure 7 platine de cablage
                                                                                                                Figure 7 - Platine de câblage
 
 
Essais :
Je m’assure que le cavalier porte fusible sur le capot du transformateur est bien sur 220V (figures 3 et 5), connecte mon antenne dédiée aux BCL et met sous tension.
Le poste est fonctionnel sur toutes les gammes, mais délivre un son accompagné d’un ronflement à 100 Hz et l’indicateur d’accord reste sombre.
 
Restauration « a minima »:
Je pratique depuis longtemps un mode de restauration « non invasif », afin de préserver  l’emprunte laissée par le temps et l’usage sur ces objets du passé.
Le châssis rouillé, supportant le baffle en bois sur lequel sont fixés le haut-parleur et le cadran avec son arrière plan, est dévissé et sorti de l’ébénisterie ; les tubes sont ôtés. Une fois bien nettoyé, une couche de Rustol est passée au pinceau sur la face extérieure, en évitant bien entendu d’en mettre sur les supports de lampes.
L’intérieur du coffret est nettoyé au pinceau pour décoller la poussière, accompagné d’un aspirateur pour l’absorber. Un linge humide parfait ce nettoyage.
Le bois de placage extérieur est dépoussiéré au pinceau et à la brosse à dents dans les encoignures, puis nettoyé avec une éponge humide et du liquide vaisselle, mais les taches blanches ont du mal à partir. En frottant avec du papier ménager imbibé de Miror tout disparaît, j’en profite pour décrasser toute l’ébénisterie avec ce produit, ôte les traces avec une éponge humide, puis lustre le bois avec un chiffon de laine sec ; le poste retrouve tout son éclat. Les quelques rayures sont atténuées en frottant avec un linge mouillé de white spirit, puis à nouveau un polissage.
Une fois l’anneau et la vis de serrage ôtés, les boutons en Bakélite sont immergés dans l’eau savonneuse pendant une petite heure puis sont brossés avec une brosse à dents, outil idéal  pour leur circonférence cannelée. Puis ils sont essuyés, séchés et remontés.
La face extérieure de la glace du cadran est nettoyée avec un chiffon humide en prenant la précaution de ne pas faire couler de l’eau sur la sérigraphie.
Les tubes sont nettoyés avec une éponge et du liquide vaisselle, puis réinstallés, une fois le Rustol sec.

Examen et remise en état de l’électronique :
Dans un premier temps je m’emploie à remettre un potentiomètre à l’emplacement d’origine, pour cela je dois trouver dans mon stock un 500 kohms log avec inter avec un axe d’au moins 105 mm, pas très courant et impossibilité de mettre un prolongateur d’axe. Finalement je trouve un 1 Mohm log avec interrupteur qui fera l’affaire, mais dont l’axe fait seulement 95 mm. Je le rallonge de 10 mm avec un trou taraudé à 2,5 mm dans l’axe, une vis et un morceau d’entretoise de 6 mm en laiton, le tout soudé à l’étain. Je change ensuite le double condensateur de filtrage C20/C21 et le condensateur de liaison du tube final C15 et C18, ces derniers selon le principe de précaution.
Les condensateurs de découplage au papier ont tous un bon aspect, je ne remarque pas de  coulure de brai, donc je n’en change aucun pour le moment. Pratiquement toutes les résistances qui sont en carbone aggloméré sont habituellement peu stables, surtout pour les valeurs élevées. Je les teste en circuit et trouve des valeurs largement au dessus de la tolérance de 20% pour les 500 kohms (figure 8), l’une d’entre elles donne même une valeur infinie, je les change donc toutes.
Figure 8 150 k en carbone agglomere 2
Il est temps de faire un essai, le poste fonctionne, mais au bout de quelques minutes un violent accrochage se produit et le 6M6 se met en court-circuit en arborant de belles étincelles. Je le change et remets sous tension, mais toujours l’accrochage que je visualise bien avec l’oscilloscope connecté sur l’anode du tube. Je dessoude C22 et contrôle sa valeur qui se révèle correcte.
Effectivement le 6M6 présente une pente de 9,5 mA/V, donc un gain important. Je le remplace par un 6V6, puis un 6F6 de même brochage, aucune oscillation, mais un niveau audio moins élevé. Je vérifie tous les composants périphériques, mais ne décèle aucune anomalie, mystère ?
 
Pour en finir avec ce problème, je décide d’insérer une petite cellule passe-bas en série derrière C15 constituée d’une résistance de 10 kohms suivie d’un 56 pF relié à la masse, ce qui jugule totalement l’accrochage du 6M6 (voir la figure 3).
L’indicateur d’accord d’origine dont la matière luminescente est « pompée » est remplacé ;  sur ce nouvel œil magique, les secteurs sont bien verts, mais restent immobiles sur l’accord d’une station.
Je teste les deux résistances R10 et R11 qui affichent une valeur infinie. Je les change et cela rentre dans l’ordre.
Je laisse fonctionner le poste avec un niveau audio moyen et au bout d’une demi heure, une forte distorsion accompagnée d’une sensation de frottement mécanique apparaît, dont je ne tarde pas à trouver la cause : le spider du haut-parleur s’est partiellement décollé. Sans rien démonter je réussis à enduire la collerette de colle genre Néoprène et à bien le repositionner.
Après une journée de séchage, ce problème semble fixé définitivement.

Conclusions et essai final:
Je connais beaucoup de praticiens qui, lors de la remise en état d’un poste de radio ancien, changent systématiquement tous les condensateurs. Cette façon de faire systématique n’est pas obligatoirement le bon procédé.
Je trouve légitime que certains radioélectriciens prudents utilisent un variac pour une première mise sous tension progressive, permettant de déceler les gros problèmes de court circuit dans le redresseur, les condensateurs de filtrage, voire le transformateur, afin d’éviter le risque d’un feu d’artifice.
Puis une fois la haute tension établie, la bonne démarche technique consistant à mesurer la validité des tensions me semble appropriée et si l’une d’entre elle semble faible ou si un condensateur chauffe ou coule, il est temps de contrôler et de changer les résistances et/ou  les condensateurs en cause.
Je n’ai retouché à aucun accord, ni sur le bloc, ni sur les transformateurs à moyenne fréquence.
Puis j’ai procédé à des essais de réception sur toutes les gammes. Le poste est sensible et sélectif avec une CAG efficace, la réception est remarquable sur les OC et OTC et digne d’un récepteur de trafic. Avec l’injection d’un oscillateur externe, la télégraphie et la BLU sont parfaitement décryptées sur 7 et 14 MHz avec une bonne sensibilité et une bonne stabilité, ce qui est exceptionnel sur ce genre de poste.
Et je dirais pour conclure que bien m’en a pris de le restaurer !
 
Figure 9 poste restaure carton ar
                                                                                               Figure 9 - Le poste, carton arrière

A bientôt
 
Daniel Maignan/ F6HMT
 
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Commentaires (2)

Delattre
  • 1. Delattre | 08/09/2020
Bonjour Daniel,
Bonne restauration, il ne pouvait en être autrement....
Curieux cet accrochage BF une self de choc sur l'entrée grille aurait elle pu faire l'affaire ?

Amitié.

Jean--Paul
maignan-daniel
  • maignan-daniel | 08/09/2020
Bonjour Jean-Paul, Merci pour tes commentaires, regarde il y a un message pour toi concernant l'AME. Daniel

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